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Valoriser son atelier : le trouver, le partager, y recevoir

Compte rendu du webinaire du 20 mai 2022, animé par Pierre-Benoit Roux, cofondateur de La Condamine. Dispositifs et règles de droit vérifiés au 4 octobre 2026.

Comment trouver un atelier ? Que veut dire, au fond, avoir un atelier d'artiste, et quelle image cela renvoie-t-il ? La question n'est pas seulement matérielle : l'atelier participe à votre économie, celle de l'argent comme celle de la reconnaissance. Posséder un atelier en propre n'est pas nécessaire ; mais presque toutes les trajectoires passent, à un moment, par un atelier.

Tout est déjà dans le tableau de Courbet

Le webinaire s'ouvrait sur une évidence : L'Atelier du peintre de Gustave Courbet. Le peintre est au travail dans un espace presque indéfini, dont le mur du fond semble partir à l'infini. Autour de lui, le monde : à droite, Baudelaire lit ; à gauche, des figures qu'on croiserait dans la rue. Lieu de production, l'atelier est aussi un lieu où l'on reçoit, ouvert sur l'espace public : tout ce qu'un atelier peut apporter est dans ce tableau.

Un vaste atelier sombre : au centre, le peintre assis devant un paysage sur son chevalet, un modèle nu debout derrière lui et un enfant qui regarde ; à droite, un groupe d'amis, dont un homme qui lit ; à gauche, des personnages du peuple
Gustave Courbet, L'Atelier du peintre. Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique (et morale), 1854-1855, huile sur toile. Paris, musée d'Orsay. Domaine public.

Daniel Buren tenait l'atelier pour antérieur à la galerie et au musée (voir le circuit des galeries alternatives) : réfléchir aux fonctions de son atelier, c'est reprendre en main la diffusion de son travail. En décembre 1961, Claes Oldenburg ouvre The Store dans la boutique de New York qui lui sert d'atelier : il y fabrique et y vend ses objets de plâtre peint, derrière la vitrine. L'artiste s'expose en créant, et l'atelier devient presque une performance.

Retenez déjà ceci : déclarer un atelier, dans votre logement, partagé ou loué, signale un engagement dans une pratique professionnelle, celui que les appels à projets du ministère de la Culture disent souvent vouloir soutenir.

Trouver un atelier : ce que votre présence apporte

« La présence de logements, ateliers d'artistes dans la ville contribue indéniablement au renouvellement urbain », répondait le secrétaire d'État au Logement à un sénateur (JO Sénat, 23 mars 2000). Les artistes rendent un quartier plus attractif et font monter la valeur foncière, l'un des ressorts de la gentrification. D'où des politiques qui facilitent leur installation, et un pouvoir de négociation qu'on oublie d'utiliser.

Les ateliers publics et les ateliers-logements. À Paris, la Ville attribue des ateliers et des ateliers-logements, ces derniers assimilés au logement social et gérés presque tous par des bailleurs sociaux. En 2026, un comité d'expertise examine les candidatures deux fois par an, et les artistes retenus restent six ans sur la liste suivie par la direction des affaires culturelles. La Fondation des artistes gère 91 ateliers et ateliers-logements à Nogent-sur-Marne et à Paris, attribués par commission quand l'un d'eux se libère. Ailleurs, bailleurs sociaux et villes publient leurs appels, souvent dans des quartiers prioritaires, et demandent de plus en plus à l'artiste d'intervenir sur le territoire : dans le 11e arrondissement de Paris, la biennale « Art contemporain et logement social » associait en 2025 une douzaine de bailleurs, et l'artiste y crée avec les habitants d'un immeuble. Les dossiers prennent du temps : renouvelez vos demandes, plusieurs fois.

Les ateliers de production. De grands groupes immobiliers ouvrent des bâtiments entiers à des ateliers en attendant leurs projets : ils préfèrent un artiste à un local vide ou squatté. Démarchez-les. Des structures plus modestes et des villes louent aussi des ateliers pour des périodes définies. Seul ou en collectif, vous pouvez contacter directement une mairie ou un bailleur privé pour négocier un loyer modique, voire symbolique, ou une résidence de trois à six mois dans un local vacant.

Le bail commercial. Vous pouvez enfin louer aux conditions du marché : à jour au 4 octobre 2026, le code de commerce étend le statut des baux commerciaux aux locaux loués à des artistes auteurs d'œuvres graphiques et plastiques relevant du régime des artistes-auteurs (art. L145-2, I, 6°). Mais il n'y aura alors aucune réduction. Sans les bons termes de l'échange, le bail ne sera pas forcément à votre avantage : c'est en comprenant ce que votre présence apporte que vous négociez (voir notre article sur la négociation).

Lithographie : dans un atelier encombré de toiles posées contre le mur, un peintre maigre en pantalon à carreaux, les bras ballants, regarde avec désespoir un portrait d'homme posé au sol
Les termes de l'échange. Honoré Daumier, « Maudit propriétaire… », de la série L'Exposition de 1859, publiée dans Le Charivari le 26 avril 1859, lithographie. Pour solder ses loyers en retard, le peintre a fait le portrait de son propriétaire pour le Salon ; le jury l'a refusé. New York, The Metropolitan Museum of Art (22.61.190). Image : The Met, CC0.

L'aide à l'installation. L'atelier trouvé pour une durée longue, demandez à votre DRAC l'allocation d'installation d'atelier et d'achat de matériel (AIA). À jour au 4 octobre 2026, elle couvre au plus la moitié du coût de l'aménagement ou de l'équipement ; si vous faites les travaux vous-même, seul le matériel est pris en compte. Il faut être propriétaire ou titulaire d'un titre d'occupation, ce qu'une résidence courte ne donne pas. Un collectif ne dépose qu'une demande, par un mandataire, mais il a souvent plus de chances de l'obtenir. Le dépôt se fait en ligne en début d'année (jusqu'au 28 février en 2026). En cas de refus, recommencez, et demandez un rendez-vous au conseiller arts plastiques de votre DRAC. Pour le reste, voir notre article sur les sources de financement.

Locataire, vous voulez transformer une partie de votre logement en atelier ? Demandez d'abord l'accord écrit de votre bailleur : le locataire use des lieux suivant la destination prévue au bail et ne peut les transformer sans cet accord (loi du 6 juillet 1989, art. 7, à jour au 4 octobre 2026).

À plusieurs : de l'occupation temporaire à l'atelier partagé

C'est à plusieurs qu'on obtient des lieux peu chers. Des acteurs de l'urbanisme transitoire confient des bâtiments vacants à des occupants temporaires, sous convention d'occupation précaire. De grands propriétaires fonciers lancent des appels à projets pour ouvrir à des collectifs des sites en attente : SNCF Immobilier l'a fait pour des sites ferroviaires à partir de 2015. Le collectif obtient souvent une convention de quelques années, et loue ensuite à bas prix des ateliers à d'autres artistes.

Certaines installations éphémères finissent par durer. À Paris, le 59 Rivoli est né en 1999 de l'occupation d'un immeuble vide ; la Ville l'a acheté et rénové, et il a rouvert en 2009 sous convention. Autour d'un noyau d'artistes permanents, il accueille des résidents pour trois à six mois, sur appel à candidatures.

Vous pouvez aussi rejoindre un collectif constitué. Les ateliers partagés fonctionnent souvent comme des résidences éphémères : on y entre pour quelques mois, sur une candidature brève, et le mieux est d'aller sur place rencontrer les artistes du lieu plutôt que d'envoyer un dossier. Pour les résidences proprement dites, voir notre article sur les résidences.

Un grand atelier aux murs couverts d'études : une vingtaine de jeunes femmes peignent à leur chevalet, palette en main, d'après un jeune modèle qui pose sur une estrade
Un atelier partagé. Marie Bashkirtseff, Dans l'atelier, 1881, huile sur toile. L'atelier des femmes de l'académie Julian, à Paris. Dnipro (Ukraine), musée d'art. Domaine public.

L'atelier est aussi un décor. Marcel Broodthaers a reconstitué dans La Salle blanche (1975) l'appartement bruxellois où il travaillait, faisant apparaître l'atelier comme « un décorum nécessaire au stéréotype de l'artiste » (Vanessa Morisset, « L'atelier de l'artiste contemporain », Centre Pompidou, 2007) ; en 2007, le peintre François Boisrond installait le sien dans le musée même. Des entreprises, des pépinières, des tiers-lieux à dimension culturelle accueillent ainsi des artistes en atelier, parfois gratuitement pour quelques mois : leur présence apporte une image et attire d'autres occupants. Ayez conscience de cette image : elle fait partie de l'échange.

L'atelier au cœur des liens

Les liens commencent avant l'atelier : petites annonces des associations d'artistes, groupes où l'on échange du matériel, des bons plans, des places d'atelier, et où l'on trouve des partenaires pour monter un dossier d'occupation.

Une fois installé, surtout en atelier partagé, plus vous échangez, plus les collaborations et les projets d'exposition arrivent. Ceux avec qui vous travaillez conditionnent ce que vous apprenez et accomplissez : ce sont les « appariements » du sociologue Pierre-Michel Menger (voir les salons). Un réseau d'ateliers prend une identité qui dépasse chaque artiste. On y troque du matériel, du temps, un coup de main pour un accrochage, parfois des œuvres : ce qu'on échange, c'est d'abord du lien (voir Travailler entre artistes). Ce n'est pas systématique, mais c'est souvent le préalable d'une relation. D'où l'intérêt de rester longtemps, à plusieurs, dans un même lieu.

L'erreur serait de rester seul dans son atelier, sans faire venir personne. Déclarer votre atelier, chez vous ou ailleurs, vous permet d'entrer dans les réseaux d'ateliers d'artistes, avec leurs parcours et leurs portes ouvertes (voir notre article sur les salons). S'il n'en existe pas dans votre commune, proposez-en un à votre mairie : elle devrait y être plutôt disposée.

Dans un atelier sombre, un peintre barbu assis devant son chevalet peint un homme assis ; huit hommes en costume sombre se tiennent debout autour d'eux et regardent
L'atelier au cœur des liens. Henri Fantin-Latour, Un atelier aux Batignolles, 1870, huile sur toile. Autour de Manet au chevalet, des peintres et des écrivains, dont Renoir, Zola, Bazille et Monet. Paris, musée d'Orsay. Domaine public.

Recevoir, vendre, transmettre

Ouvert, l'atelier devient une galerie. Que vous apparteniez ou non à un réseau, organisez au moins une fois par an, au mieux deux, des visites en petit comité. Montrez ce que vous ne montreriez pas ailleurs : des œuvres inédites, de grands formats si l'espace le permet, pourquoi pas une pièce créée pour l'atelier. Ces œuvres rares attirent galeristes, intermédiaires et acheteurs ; invitez aussi ceux qui vous ont déjà acheté, et pensez ces visites comme une saison, à la manière des grands couturiers. Les prix n'y sont pas ceux d'une galerie : selon le webinaire, on admettait couramment en 2022 une baisse allant jusqu'à 20 % du prix affiché en ligne. Pour mener ces visites sans brader votre travail, voir notre article sur la négociation.

Un atelier élégant aux murs couverts de tableaux et d'objets : une femme en robe de chambre dorée allongée sur un canapé rouge, une femme debout près d'une toile en cours, et une femme en noir, chapeau sur la tête, assise face à la toile
Recevoir. Alfred Stevens, Dans l'atelier, 1888, huile sur toile. New York, The Metropolitan Museum of Art (1986.339.2). Image : The Met, CC0.

Dans les villages d'artistes et les zones touristiques, s'afficher « atelier-galerie » est courant depuis les années 1960, et plutôt valorisé : vous serez vite repéré, notamment par l'office de tourisme. Une bonne signalétique compte. Vendre vos propres œuvres dans votre atelier ne change rien à votre statut : ce sont des revenus d'artiste-auteur (code de la sécurité sociale, art. R382-1-1). Vous pouvez aussi exposer d'autres artistes, une bonne manière de s'autodistribuer hors des galeries ; si vous prenez une commission sur leurs ventes, vous devenez diffuseur, redevable à ce titre d'une contribution (art. L382-4).

Si votre atelier est dans votre logement, une activité professionnelle peut s'exercer dans une partie des lieux, par leurs seuls occupants et s'ils en font leur résidence principale, sauf clause contraire du bail ou du règlement de copropriété, et à condition de n'y recevoir ni clientèle ni marchandises (code de la construction et de l'habitation, art. L631-7-3, à jour au 4 octobre 2026). Avant d'y recevoir acheteurs ou élèves, vérifiez ces textes et, dans les grandes villes, les règles locales de changement d'usage.

Vous pouvez enfin transmettre, en donnant des cours dans votre atelier, si votre bail le permet : vérifiez-le auprès du bailleur. Ces cours peuvent compter parmi vos revenus d'artiste-auteur : dans sa version en vigueur depuis le 27 septembre 2026, l'article R382-1-2 du code de la sécurité sociale range parmi les revenus accessoires les cours donnés hors salariat dans l'atelier de l'artiste-auteur, dans la limite de 1 200 fois le Smic horaire par an, à condition d'avoir eu des revenus artistiques l'année en cours ou l'une des deux années précédentes.

Montrer l'atelier

Le webinaire montrait une artiste textile photographiée dans son atelier par un magazine de décoration, en 2020 : ce type de magazine ne fait guère de sujet sur un artiste sans cette image. Une formule attribuée à Picasso, dans ses conversations avec Brassaï, dit pourquoi : l'atelier finit par déteindre sur celui qui l'habite, et s'organise selon sa nature. La presse y lit l'intériorité de l'artiste.

Photographie ancienne montée sur carton : un vieil homme à barbe blanche et casquette, assis dans un fauteuil d'osier, au milieu de toiles et de meubles d'atelier ; en bas, la mention imprimée « Nos contemporains chez eux »
L'artiste chez lui, déjà une image. Dornac, Auguste Renoir, de l'album Nos contemporains chez eux, entre 1887 et 1917, épreuve photographique. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie. Domaine public.

Autant maîtriser cet imaginaire. Photographiez-vous, filmez-vous au travail, pour vos réseaux et votre dossier de presse : c'est perçu comme un signe d'engagement, et cela aide à décrocher des appels à projets et des rencontres avec des galeristes. Dites que vous avez un atelier, notamment sur Instagram, et rédigez quelques phrases qui le décrivent. Bien des articles de presse locale, ou du journal de la mairie, naissent parce qu'on a un atelier (voir aussi notre article sur les nouveaux médias).

Communication, accueil, réseau, vente : l'atelier dessine un modèle de revenu. Le webinaire se terminait sur Francis Ponge, qui fait de l'atelier le lieu d'une métamorphose (L'Atelier contemporain, 1977) : le peintre y mue comme un insecte, ses tableaux se détachant de lui comme des peaux, dans le cocon lumineux de l'atelier. C'est ainsi que le voient souvent ceux qui ne sont pas artistes ; c'est peut-être aussi ainsi que vous le voyez.

Questions des participants

L'ordinateur peut-il être un atelier ? Oui. Des artistes mettent en scène leur création numérique, se photographient devant leur écran ou se filment en train de créer, en direct : c'est la même mise en scène, transposée.

Faut-il afficher les prix lors d'une visite ? Une œuvre à vendre exposée au public porte son prix, sur elle ou à côté : c'est la règle générale (voir Fixer ses prix). Pour des portes ouvertes, c'est donc nécessaire ; même en petit comité, ayez au moins une liste de prix à disposition.

Faut-il un revenu minimum pour s'afficher « atelier-galerie » ? Non, et c'est même intéressant : vous êtes identifié dans un circuit, notamment par l'office de tourisme.

Ma demande d'aide à l'installation a été refusée. Refaites-la en mettant en avant vos expositions et votre démarche : les questions que vous vous posez dans votre pratique, et pourquoi cet atelier vous est nécessaire pour la poursuivre.

Peut-on demander à visiter l'atelier d'un autre artiste ? Oui, c'est tout à fait admis.

Pour aller plus loin

Revoir le webinaire

Replay du webinaireAtelier d'artiste : le trouver, le partager, le valoriser

Vidéo de la chaîne YouTube de La Condamine. Le lecteur ne se charge qu'au clic.

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