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Comment choisir et répondre à un appel à projet en 2024 ?
Répondre à un appel à projets : choisir, lire, constituer son dossier
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Compte rendu du webinaire du 26 octobre 2023, présenté par Mahault de Raymond-Cahuzac, chargée de projets à La Condamine, et animé par Pierre-Benoit Roux, cofondateur de La Condamine, complété par ceux qu'il a animés le 7 décembre 2020 et le 17 juin 2022, ce dernier avec le témoignage de la photographe Sonia Hamza. Appels et règles revérifiés en octobre 2026.
« J'ai déposé cent dossiers, je n'ai eu aucune réponse positive. » Combien d'artistes le disent. On a souvent l'impression de remplir des dossiers pour rien, sans savoir qui les lit. Le problème tient rarement au talent : plutôt à un mauvais choix d'appels, ou à une rédaction qui ne parle pas la langue de celui qui les publie. Une méthode permet de perdre moins de temps.
Appel à projets ou appel à candidatures ?
Le Centre national des arts plastiques (Cnap) distingue les deux. L'appel à candidatures repose sur l'existant : CV, lettre de motivation, documents présentant votre démarche et vos réalisations. L'appel à projets demande de concevoir un projet spécifique, et ce travail, rappelle le Cnap, « doit être rémunéré en tant que tel » (223 résidences d'arts visuels en France, 2016). En pratique, bien des appels à candidatures débouchent sur un projet, et l'on emploie souvent un mot pour l'autre. Retenez le principe : on vous sélectionne d'abord sur ce que vous avez fait ; le projet qu'on vous demande ensuite se paie.
Un projet est un trait tiré entre un commanditaire et un artiste. Un appel culturel public relève d'une politique : il a rapport avec l'art, mais il n'est pas de l'art. On ne vous demande pas de proposer votre art, mais de montrer comment, avec lui, vous répondez à cette politique.
Choisir : se situer avant de chercher

Moins, c'est plus : retenez une quinzaine d'appels dans l'année, et candidatez plusieurs fois aux mêmes. Pour les choisir, trois filtres.
Votre strate. S'inspirant des cercles de reconnaissance décrits par l'historien de l'art Alan Bowness, le webinaire distinguait les pairs (ateliers, collectifs), l'échelle départementale ou régionale (galeries, associations, centres culturels, réseaux régionaux, directions régionales des affaires culturelles ou DRAC) et l'échelle nationale (Cnap, ministère de la Culture). Les trajectoires vont presque toujours du local au national : un appel obtenu en entraîne un autre. L'international suit une autre logique (voir Diffuser et vendre son travail à l'international).
Votre champ. Selon la distinction de la sociologue Nathalie Heinich (développée, comme les cercles de Bowness, dans Construire sa trajectoire professionnelle), l'art moderne exprime une intériorité par l'expérimentation plastique ; l'art contemporain fait primer le concept. Salons et parcours d'art municipaux accueillent volontiers le premier, centres d'art et institutions le second ; le design et les métiers d'art ont leurs propres réseaux.

Vos thèmes. En 2023, les plus porteurs étaient le vivant et l'écologie, la diversité, la santé et la solidarité, la création numérique ; en 2022 déjà, l'art et l'écologie, et les interventions en milieu scolaire.
Mettez-le par écrit : votre démarche, vos thèmes, vos médiums, la taille de vos œuvres (sans monumental, pas de 1 % artistique), si vous acceptez la commande, vos lieux de résidence, d'atelier et d'études (certains appels leur sont réservés). Notez vos contraintes : une « scène émergente » vise parfois, en réalité, les jeunes diplômés, et une résidence d'un mois à l'étranger se concilie mal avec des enfants ou un autre métier. Méfiez-vous enfin de l'effet « devant de la scène » : les bourses les plus visibles sont les plus demandées.
Où naissent les appels : le « in », le « off » et les régions
Le « in » : le ministère de la Culture, dont la direction générale de la création artistique pilote les DRAC, qui soutiennent les centres d'art ; le Cnap ; les fédérations et réseaux professionnels, nationaux ou par médium.
Les régions ont pris une place croissante. Engagés à partir de 2015, et poursuivis dans les régions fusionnées en 2016, des schémas d'orientation pour le développement des arts visuels (SODAVI) ont été menés territoire par territoire, et des réseaux régionaux d'arts visuels se sont structurés, le plus souvent en associations loi 1901. Leurs appels sont souvent des résidences réservées aux artistes de la région : abonnez-vous à leur lettre, adhérez si vous le pouvez. Les conseils régionaux et départementaux publient leurs propres aides ; beaucoup s'adressent à des structures, d'où l'intérêt d'un collectif constitué en association.
Le « off » : les structures non artistiques (voir Vendre une intervention d'artiste). Des accords entre ministères ouvrent les hôpitaux, les prisons et les écoles ; en 2026, la part collective du pass Culture finance, de la sixième à la terminale, des offres que les établissements réservent sur la plateforme ADAGE. S'y ajoutent les parcs naturels, les communes, les entreprises et leurs fondations, et la charte « 1 immeuble, 1 œuvre » : signée en décembre 2015 par treize promoteurs immobiliers, rejointe depuis par bien d'autres, elle les engage volontairement à commander ou acheter une œuvre d'un artiste vivant pour leurs programmes. Beaucoup d'appels, enfin, ne sont jamais publiés : seuls les échanges avec les lieux et les associations de votre territoire permettent de les connaître.
Un réflexe : regardez les logos. Un appel a presque toujours plusieurs financeurs, qui publient chacun leurs propres appels et vous disent à quelle échelle celui-ci se joue.
Lire l'appel, puis répondre
Qui publie, d'où, pour qui, pourquoi ? Distinguez les critères d'éligibilité, administratifs (c'est la première barrière : hors des cases, votre dossier n'est pas lu), des critères d'analyse, que le jury interprète. En 2026, le soutien à un projet artistique du Cnap exige un parcours attesté et des délais de carence après une aide ou un refus ; sa commission juge la singularité de l'œuvre, la qualité du projet, sa faisabilité et la cohérence du budget, pour un forfait de 5 000 à 15 000 €. Regardez aussi le jury, les financeurs et, si l'appel revient chaque année, les lauréats précédents.
Repérez ensuite les éléments de langage. Le guide 2020 des appels à projets pour l'action culturelle de la DRAC Normandie se donnait pour premier objectif de « favoriser l'irrigation culturelle des territoires et la rencontre entre les artistes et les publics » : non la création, mais la médiation, dans des projets « co-construits » et cofinancés. Reprenez ces mots, et ceux du cahier des charges, jusque dans vos titres : vous parlerez la même langue.
Posez des questions au contact indiqué, questions préparées. Sept fois sur dix, estimait le webinaire de 2020, on vous renverra au mail ; trois fois sur dix, vous apprendrez par exemple ce que « lien social » veut dire pour eux. À défaut, appelez les partenaires locaux pour voir comment votre projet entrerait dans leur saison.


Préparez un dossier type : un CV adapté à chaque appel, une note d'une page sur ce que la bourse, la résidence ou la commande vous permettrait, et les pièces administratives (attestation d'affiliation à la sécurité sociale des artistes-auteurs, avis de situation au répertoire Sirene de moins de trois mois, dernier avis d'impôt, pièce d'identité). Pour le composer, cherchez le dénominateur commun de trois appels qui vous parlent : présentation, démarche brève, numéro professionnel, budget détaillé, calendrier et méthode des rencontres avec le public, références. Ayez aussi un atelier de médiation type : la plupart des appels culturels en demandent un.

Partez de l'enveloppe. En janvier 2020, la commune de Mauvezin, dans le Gers, proposait 18 000 € TTC pour des fresques et des ateliers, honoraires, matériel, communication et déplacements compris. Présentez un budget de ce montant, à l'équilibre : proposer moins ne fait pas de vous une bonne affaire. Chiffrez vos apports en nature (matériel, bénévoles d'une association partenaire) : ils comptent comme cofinancement.
Rédigez pour deux lectures. Le jury parcourt d'abord (la première page, la dernière, un peu le milieu) et décide en moins de trente secondes ; puis il lit ligne à ligne. Un titre, une formule, quelques lignes d'explication, puis les étapes ; du gras, de l'air : la mise en page compte autant que le contenu. « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement » (Boileau, L'Art poétique, 1674). Après l'envoi, vérifiez que le dossier est bien arrivé.
Le 1 % artistique, un marché public
Depuis 1951, les constructions publiques réservent une part de leur coût à l'art ; le ministère de la Culture comptait en 2012 plus de 12 300 projets. Le décret n° 2002-677 du 29 avril 2002 en fixe le cadre : les constructions de l'État et de ses établissements publics donnent lieu à l'achat ou à la commande d'œuvres intégrées à l'ouvrage ou à ses abords, pour 1 % du coût prévisionnel hors taxes des travaux, dans la limite de deux millions d'euros. Les collectivités y sont soumises pour les compétences que la décentralisation leur a transférées (code général des collectivités territoriales, art. L1616-1) : les collèges pour les départements, les lycées pour les régions.
La procédure relève du code de la commande publique (art. L2172-2 et R2172-7 à R2172-19, à jour au 4 octobre 2026). Un comité artistique (maître d'ouvrage, maître d'œuvre, DRAC, représentant des utilisateurs, trois personnalités qualifiées dont un artiste plasticien) rédige le programme, publié avec le nombre d'artistes qui seront retenus. Ceux-ci remettent un projet ; ceux qui ne sont pas choisis reçoivent une indemnité, dans la limite de 20 % du montant du 1 %. Sous 30 000 € hors taxes, une œuvre existante peut être achetée sur avis du maître d'œuvre, de l'utilisateur et de la DRAC. On retrouve la distinction du Cnap : la candidature, puis le projet, payé. Au premier tour, ne faites donc pas de croquis : parlez du commanditaire plutôt que de vous, et montrez que vous avez compris les enjeux.

Apprenez la langue des marchés : l'avis d'appel public à la concurrence annonce la commande ; le règlement de consultation, document le plus important, donne les critères non artistiques ; le cahier des charges, le contexte et les contraintes (matériaux, emplacement, thème). Les formulaires DC1 et DC2 du ministère de l'Économie, ou le document unique de marché européen, portent la candidature ; le DC4 déclare un sous-traitant. Pour facturer, il faut être artiste-auteur (code de la sécurité sociale, art. L382-1), avec un numéro SIRET, ou passer par une structure. Sur un grand projet, répondez avec un collectif, une galerie ou une association. Préparez votre réponse quinze jours avant l'échéance ; si moins de dix jours séparent la publication de la clôture, passez votre tour. Refusé, demandez les motifs : l'acheteur doit vous les communiquer sous quinze jours (art. R2181-2). Créez des alertes sur le Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP) et sur les plateformes régionales, comme Maximilien en Île-de-France ou Mégalis en Bretagne, avec « œuvre d'art » ou « 1 % artistique ».
Veiller, persévérer
Aucun site ne recense tous les appels : il s'agit de savoir où chercher. Créez une adresse dédiée à la veille, abonnez-vous à des lettres de toutes les échelles, consultez les répertoires : Cnap, CIPAC, Documents d'artistes, Arts en résidence, pôles arts visuels régionaux, Atlas des autres territoires de l'art de la Fraap, Manifestampe pour l'estampe. Les autres sources sont détaillées dans notre article sur les prix et récompenses.
Centralisez tout dans un tableur (nom, dates, critères, mots-clés, montant), et inscrivez les échéances dans votre agenda. On découvre souvent un appel la veille de sa clôture, ou le lendemain : notez-le, la plupart reviennent. Pensez vos candidatures sur deux ans.
Le non est le début d'une relation. L'association l'a vécu : un premier dossier de subvention auprès du ministère de la Culture refusé, avec cette explication, « on ne vous connaît pas » ; l'année suivante, après plusieurs échanges, le même dossier obtenait la moitié de la somme. Les appels ne sont pas un modèle économique, mais un apport, à dose choisie.
La photographe Sonia Hamza a commencé à l'étranger, par une résidence à Bangkok obtenue grâce à une rencontre dans un festival. Revenue en France sans réseau, elle s'en est construit un par les lectures de portfolio. En 2022, elle était sélectionnée au festival Encontros da Imagem de Braga, au Portugal, après plusieurs candidatures : il avait fallu un thème qui corresponde à ses séries. Son rythme à elle, en 2022 : une quinzaine de candidatures en six mois, pour un ou deux résultats dans l'année ; la règle reste de retenir une quinzaine d'appels par an. Au-delà, évitez les quatre-vingts dossiers : c'est le plus sûr moyen de se décourager.
Questions des participants
Je ne suis pas encore éligible aux appels nationaux : comment trouver ceux de mon échelle ? Associez des mots-clés à votre territoire. En 2023, une recherche « appel à projet art Occitanie » menait au site d'une association régionale d'artistes, dont le moteur interne faisait apparaître un appel d'art urbain à Perpignan. Remplacez « art » par votre spécialité, et commencez local.
Comment répondre pour un lieu que je ne connais pas ? Enquêtez : le site de la commune, ses acteurs culturels, le quartier visé par l'appel.
Une association doit-elle avoir un numéro SIRET pour demander une subvention ? Oui : elle doit être inscrite au répertoire Sirene, ce qui se demande à l'Insee, notamment par le Compte Asso.
Qu'est-ce qu'une lecture de portfolio ? Un rendez-vous professionnel d'une vingtaine de minutes, souvent proposé par les festivals de photographie. En arts plastiques, les salons sélectifs jouent ce rôle ; sollicitez aussi directement des commissaires, souvent réunis en collectifs qui répondent eux-mêmes à des appels.
Fiche pratique à télécharger
Appel à projets : lire, décider, constituer son dossier : une grille pour lire un appel réel, une autre pour décider d'y aller, la check-list du dossier, un rétroplanning à partir de la date limite et une trame de budget à l'équilibre
Fiche pratique à télécharger
Annuaire : où trouver les appels à projets : les agendas d'appels, les sites publics, les réseaux régionaux, les plateformes de marchés publics, les fondations et les lettres à suivre pour organiser votre veille
Pour aller plus loin
- Centre national des arts plastiques, 223 résidences d'arts visuels en France, coll. « Guides de l'art contemporain », 2016.
- Cnap, « Soutien à un projet artistique : modalités de candidature ».
- Ministère de la Culture, « Le 1 % artistique » et « 1 immeuble, 1 œuvre ».
- Légifrance, décret n° 2002-677 du 29 avril 2002 et code de la commande publique, art. R2172-7 et suivants.
- Atlas des autres territoires de l'art ; Arts en résidence.
- Sur ce site : Les prix et récompenses dans l'art contemporain, Diffuser et vendre son travail à l'international, Travailler avec les musées.
Revoir le webinaire
Replay du webinaireAppel à projets : choisir, lire et constituer son dossierVidéo de la chaîne YouTube de La Condamine. Le lecteur ne se charge qu'au clic.
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